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Grammaire

Le langage politiquement correct

par José HERNÁNDEZ

Langue

À la fin des années 80, bien avant que les Américains mettent à la mode l’expression et le phénomène social du « langage politiquement correct», les Français avaient déjà pris l’habitude de parler de – et même de dénoncer – la « langue de bois ». La langue de bois correspond souvent à ce que certains taxeraient de démagogie. Ce terme décrit la façon de parler extrêmement ambiguë des politiciens qui prétendent masquer la réalité avec des mots.

Le langage politiquement correct aspire justement à « embellir » la réalité en dénudant les mots de leur signification crue. Un exemple assez symbolique le serait le mot « politicien » lui-même qui a été remplacé par « homme politique » puisque « politicien » avait pris l’acception péjorative qui accompagne l’exercice de la politique salie par les scandales de corruption. Enraciné dans les revendications politiques américaines, le langage politiquement correct visait à arrondir les angles entre la population à majorité blanche et les minorités « typées ». Ce phénomène a imposé une certaine vigilance idéologique dans les actes de parole. Il fallait prêter attention à l’expression pour ne pas tomber dans les stéréotypes et les préjugés.

Il faut dire que ce phénomène est parti des revendications d’une minorité éclairée qui voulait éradiquer la nature sexiste du langage. Toute domination masculine était rejetée par principe. Dans les langues latines, ceci conduisait à une impasse car le masculin – considéré inclusif – primait sur le féminin considéré exclusif. C’était l’époque où les gens s’acharnaient à parler au masculin et au féminin:

Mais les féministes américaines ont poussé leur revendications jusqu’à l’extrême en oubliant que les racines latines de certains mots anglais pouvaient leur jouer un mauvais tour. Ainsi, en ignorant les origines latines du mot history, elles ont pensé que la syllabe « his- » faisait allusion au genre masculin puisqu’en anglais his est un adjectif possessif de troisième personne singulier masculin. Elles ont donc proposé le terme assez fantaisiste « herstory » en remplaçant « his- » par « her » (son équivalent féminin). L’effet comique frôle, bien évidemment, le ridicule.

Enfin, toujours est-il que cette prise de conscience a eu une influence sur le grand public – qui a assimilé beaucoup de termes politiquement corrects – avant de sombrer dans un relatif oubli.

En tout cas, voici quelques termes qui ont passé l’épreuve du temps. Quelques-uns décrivent l’aspect physique d’une personne. La plupart d’entre eux, font allusion aux débats sociaux du monde occidental. Amusez-vous à lire les versions impertinente du français standard et respectueuse du français politiquement correct.

Français impertinent Politiquement correcte
sourd malentendant
aveugle non-voyant
obèse enveloppé
noir black
chômeur demandeur d’emploi
clochard SDF = sans domicile fixe
immigré clandestin sans-papiers
prostituée travailleuse du sexe
mort départ
réfugié demandeur d’asile
vieux senior
criminalité insécurité
cancer ou sida longue ou mauvaise maladie
coups et blessures incivilités
débile handicapé mental
dégâts collatéraux morts d’une bataille
se droguer faire des pratiques à risque
élève apprenant
femme de ménage technicienne des sols
guerre intervention
libre non-occupé
pelouse interdite pelouse non-autorisée
misère, pauvreté exclusion
pornographique au contenu explicite
pauvre handicapé économique
avortement interruption volontaire de la grossesse