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Culture

Souvenirs de Mai 68

par Clarisse BESOMBES

En mai 1968, je suis encore une écolière et j’habite à Paris près du quartier latin à Montparnasse. À l’époque, je ne comprends pas le tumulte et l’excitation autour de moi. J’entends des mots nouveaux : manifestations, barricades, affrontements, CRS ... Il y a de l’électricité dans l’air. Les discussions s’enflamment. Ma voisine raconte : elle a participé à une manifestation, ses joues sont rouges, sa voix est animée d’une énergie et d’un enthousiasme qui me gagnent. Un vent de liberté souffle sur Paris et moi aussi, je voudrais participer à cette petite révolution qui est en train d’ébranler mon pays.

C’est pourtant bien plus tard que je comprendrai les raisons et les conséquences de cet important mouvement social qu’on a appelé « Mai 68 ».

Voilà comment tout a commencé en mars de cette même année à la toute nouvelle université de Nanterre à quelques kilomètres de Paris.

Les étudiants protestent, ils demandent des réformes, des réformes d’étude mais aussi des conditions d’existence. Il faut dire qu’ils côtoient la misère et la pauvreté : l’université est en effet située tout près d’un de ces bidonvilles qui en ce temps là bordent la capitale.

Le gouvernement ne répond pas à leurs demandes et ferme l’université. Le mouvement s’étend alors à l’université de la Sorbonne située en plein Paris. à ce moment-là, la forte répression et la brutalité des forces de police vont souder et encourager les étudiants. Le 10 mai au soir, ils construisent de nombreuses barricades dans le Quartier Latin. Leurs armes sont les pavés de Paris et leur slogan « Sous les pavés, la plage ! ». Les violents affrontements qui s’ensuivent vont rallier non seulement l’opinion publique mais aussi les syndicats qui se joignent au mouvement étudiant.

Au cours du mois de mai, une grève générale sans précédent va paralyser le pays. Les étudiants occupent les universités, les ouvriers occupent les usines, les paysans bloquent les routes.

Face à cette vaste révolte, le gouvernement peu à peu négocie et promet des réformes. Mais ce n’est qu’après de nouvelles élections législatives entre le 23 et le 30 juin que les manifestations cesseront.

Je n’ai été que brièvement témoin de ces événements extraordinaires qui ont secoué la France et le monde, puisque par hasard ou par décision concertée, mon école nous envoya en Classe de Nature : c’est dans un charmant petit château de Normandie, en pleine campagne, loin de l’agitation des villes que mes camarades et moi passâmes le reste du conflit. Il n’en reste pas moins vrai que mai 68 a eu un réel impact dans notre vie. D’importantes réformes ont été faites dans l’enseignement, mais ce sont surtout les débats, les discussions, les échanges d’idées, la remise en question de toute une société et ses institutions ce qui sera le moteur déclencheur des changements à venir.