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Culture

La Suisse

par José HERNÁNDEZ

Données démo-linguistiques
Pays Confederatio Helvetica
Capitale Berne
Superficie 41.290 km2
Région de la planète Europe
Langues officielles Alémanique, français, italien, romanche
Fête nationale 1 août
Site web officiel http://www.parliament.ch

Une affaire de géographie

Situé au coeur de l’Europe, la Suisse est un pays aux origines latine, celtique et germanique. Cette diversité culturelle est à la source de sa grande diversité linguistique. En effet, la Suisse est un pays multilingue: l’alémanique (variante dialectale de l’allemand: 64 % de la population), le français (19% de la population), l’italien (8% de la population) et le romanche (1% de la population) constituent les langues officielles de cette confédération de cantons. Si le pays est multilingue, les citoyens, eux, ne le sont pas. Le multilinguisme de l’état suisse répond au besoin de représenter les différentes langues pratiquées à l’intérieur de son territoire. On peut donc parler de multilinguisme territorial. Les cantons (terme utilisé pour désigner les régions admnistratives) sont majoritairement monolingues à l’exception des cantons de Fribourg, de Valais (français | alémanique) et, dans une moindre mesure, celui de Berne (alémanique | français). En ce sens, on peut dire que la Suisse est une mosaïque de langues et de cultures : en passant d’une région linguistique à l’autre, la culture change complètement. Ce passage n’est pas sans conflits : les tensions provoquées par les langues ont été importantes par le passé. Ce n’est pas pour rien que le nom officiel du pays s’écrit en latin: Confederatio Helvetica. C’est la solution salomonique que les Suisses ont trouvé pour ne pas favoriser une langue au détriment des autres.

La Suisse Romande

La région francophone de Suisse est connue sous le nom de Suisse Romande. Le français qui y est parlé ne s’écarte pas beaucoup du français standard parisien. Comme dans toute autre région française qui est loin de Paris, des spécificités ont vu le jour. Celles-ci relèvent du domaine du lexique et de l’intonation.

Une question de prononciation…

Certains suisses ont tendance à mettre l’accent sur l’avant-dernière syllabe alors que les français, eux, le mettent systématiquement sur la dernière. Ainsi, un français prononcera maison alors que le suisse, lui, prononcera maison. D’autre part, on fait toujours allusion à une certaine lenteur dans la prononciation suisse. La lenteur ou la vitesse relèvent de la subjectivité… En toute justice, il faut dire qu’aucune preuve scientifique n’a jamais été avancée dans ce domaine.

Pour ce qui est des sons, les suisses ont gardé des oppositions vocaliques qui ont disparu en France: e fermé [j’aurai] | e ouvert [j’aurais], o fermé [peau] | o ouvert [pot], e nasal fermé [brun] | e nasale ouvert [brin], parmi d’autres.

Le lexique

Le lexique spécifiquement suisse est teinté d’alémanique. Cette influence peut s’expliquer par la proximité territoriale et par le contact constant avec les cantons germanophones. De la même façon qu’on parle de « franglais » pour désigner les nombreux anglicismes du français standard parisien, on parle de « frallemand » pour nommer l’influence grandissante de l’alémanique sur le français en Suisse. En voici quelques exemples:

  1. Sonderfall Schweiz – le cas spécial de la Suisse (par rapport à l’Union européenne qu'elle ne veut pas rejoindre.)
  2. Schubladiser – “tiroiriser”: cacher un dossier problématique
  3. Heimatschutz - Ligue suisse pour la protection du patrimoine
  4. Kanton – canton
  5. Spielgruppe - atelier de jeux pour enfants
  6. Benzine – essence

Du point de vue de l’évolution des langues, et surtout des langues en contact, ces emprunts constituent la norme. Autrement dit, c’est attendu ou « normal ». Or, les questions idéologiques s’en mêlent et dérivent sur des différences sociales plus importantes. Par exemple, en Suisse Romande, les germanismes sont souvent débusqués et des tentatives d’éradication voient le jour souvent dans certains mouvements identitaires romands. Il existe une véritable peur de la contamination du français par l’allemand. Cette peur est tellement intense que les Suisses Romands ont touvé un terme pour nommer l’influence qu’ils dénoncent: « le français fédéral ». L’adjectif « fédéral » fait allusion au fait que Berne, la capital fédérale suisse, se trouve dans un canton germanophone.

Après cette présentation succincte de la situation linguistique de la Suisse, pouvons-nous établir un parallèle entre sa situation linguistique et celle de Porto Rico?