Banneau
Culture

Haïti : un peu d’histoire

par Nicole BLANCHET-BESSON

Données démo-linguistiques de Haïti
Pays ou région Haïti
Capitale Port-au-Prince
Superficie 27.750 km2
Région de la planète Amériques: Caraïbe
Langues oficielles Français et créole haïtien
Fête nationale 1 janvier
Monnaie Gourde
Site web officiel http://www.haiti.org

Le 6 décembre 1492, les trois caravelles de l’expédition organisée par Christophe Colomb [la Pinta, la Niña et la Santa María] arrivent en vue des côtes du nord-ouest de « Ayïti » qui signifie « terres montagneuses » en langue Arawak, aussi appelée Hispaniola ou encore Saint-Domingue sur les cartes géographiques de la période coloniale.

Avec Cuba, la Jamaïque et Porto Rico, Haïti occupe la position des Grandes Antilles dans la mer de Caraïbes qui baigne les côtes de l’Amérique Centrale. Elle partage avec ces îles avoisinantes de multiples affinités et un parcours historique marqué par trois siècles d’esclavage.

Les Caraïbes et les Arawaks, indiens natifs de l’île sont vite anéantis, en moins de 25 ans, par des travaux d’une extrême rigueur imposés par les conquérants blancs venus du Vieux Monde.

Entre 1502 et 1517 la Traite des Noirs institutionnalise le commerce des nègres « exportés » d’Afrique vers les colonies du Nouveau Monde. L’esclavage remplace avantageusement la main d’ouvre indigène et assure le succès économique de Saint Domingue, la plus riche et la plus prospère des colonies.

Carte de l'île de Haïti

Flibustiers, boucaniers et les redoutables pirates anglais écument les eaux territoriales au large des côtes ouest et au nord de l’Hispaniola sur le sillage des galions espagnols chargés de richesses. Ils s’établissent (en 1625) sur l’île de la Tortue - au Nord - où un excellent mouillage et des repaires bien abrités en font un des centres les plus importants de piraterie et de contrebande de l’Atlantique. À la suite de sanglants conflits provoqués par l’appât de gros butins arrachés aux galions au tournant de leurs voyages, les anglais sont vaincus et expulsés.

Déjà en 1545, les espagnols se déplacent sur le côté Est de l’île, moins exploité, à la recherche de l’or. à la suite de ce retrait des espagnols sur le côté occidental de l’Hispaniola et l’expulsion des anglais de l’île de la Tortue, les français demeurent les seuls grands propriétaires dans la partie ouest de la colonie, Saint Domingue. Par le Traité de Ryswick en 1697, l’Espagne cède à la France le tiers (1/3) de l’île, soit 28.000km2, et Saint Domingue (future République d’Haïti) devient possession de la France. L’Espagne garde la partie appelée Audiencia de Santo Domingo (future République Dominicaine.)

Saint-Domingue produit 80% de la consommation de sucre dans le monde. Pour répondre à cette demande du marché mondial et satisfaire à la convoitise des grandes puissances de l’Europe le nombre d’esclaves se multiplie considérablement. En 1789, à la veille de la Révolution Française, il y a à Saint Domingue 50,000 colons propriétaires de 600.000 esclaves. Un propriétaire arrive à posséder 300 esclaves ou plus sur sa plantation tous marqués au fer rouge, comme du bétail.

La maltraitance augmente, les humiliations infligées aux hommes libérés sont de plus en plus intolérables. Les soulèvements d’esclaves sont plus fréquents et plus violents… En 1792, Saint Domingue est à feu et à sang. Les blancs sont victimes d’abominables massacres et leurs biens livrés au pillage et à l’incendie. Face au climat de terreur qui règne sur toute l’étendue du territoire, la France est forcée de proclamer en 1793, l’abolition de l’esclavage à Saint Domingue.

Pierre Dominique Toussaint Louverture

Pierre Dominique Toussaint Louverture (1743-1803), fils d’esclave, lui même esclave libéré ou « affranchi » élevé au rang de Général de L’Armée Française devient ensuite gouverneur à vie de Saint-Domingue. Il réussit à rattacher l’est et gouverne sur toute l’île au nom de la France (1801). On lui doit la rédaction de la constitution qui décrète, pour la première fois, l’égalité des droits de l’homme sans distinction de race ou de couleur.

Napoléon Bonaparte - premier Consul de France - profondément indigné s’oppose à ces libertés venant d’une colonie. Devenu le maître incontesté de l’Europe, il prépare la plus grande expédition coloniale jamais tentée par la France : 86 vaisseaux de guerre portant 22,000 soldats ayant pour mission le rétablissement de l’autorité affaiblie de la France à Saint-Domingue.

Les renforts de troupes, élevant le nombre de soldats français à 60,000, ne fait qu’aggraver le mécontentement et Toussaint, forcé de prendre les armes contre les français, devient le leader incontesté de la lutte acharnée contre le rétablissement de l’esclavage. L’enjeu de cette guerre, qui dure 13 ans, n’est pas de sauvegarder la liberté retrouvée mais de proclamer l’indépendance en chassant les français. Le 7 juin 1802, invité à une entrevue de négociation, il est fait prisonnier et envoyé en France. Il meurt non pas dans le feu de l’action sur le champ de bataille, mais dans un cachot glacial au Fort de Joux, dans les montagnes du Jura, le 7 avril 1803.

En novembre 1803, cette longue et héroïque guerre de libération aboutit à la défaite des armées françaises. L’Acte de l’Indépendance est rédigé et signé le premier janvier 1804 à Gonaïves, jour premier de l’indépendance de la nation qui reprend son nom indien (Ayïti), aujourd’hui Haïti.

La République d’Haïti et la République Dominicaine, deux nations indépendantes qui ne parlent pas la même langue, se partagent l’île et se tournent le dos depuis XVIIème siècle à l’est et à l’ouest de la frontière établie définitivement en 1777.