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Langue

Les origines celtiques des chiffres français

par José HERNÁNDEZ

Avec un grand geste de surprise, peut-être même d’incrédulité, l’aprenant hispanophone accepte fatalement le degré de difficulté qu’implique le système numérique français. Cette difficulté trouve son origine dans la nature hétérogène de toutes les langues. Car, en effet, le rêve d’une langue pure n’est rien d’autre qu’un rêve.

Souvent, cette hétérogénéité est causée ou accentuée par le contact entre populations de langue et de culture différentes. La France – et sa langue, le français – ne fait pas figure d’exception dans ce domaine. Dans son système numérique, on trouve la trace des influences subies au cours de son histoire.

La France mais pas la Suisse ni la Belgique

Le passage de 69 à 70 révèle les racines celtiques de la France. Dans ce domaine, on constate, dans toute sa splendeur, l’influence celtique des Gaulois, habitants originels de la France. Mais, si la France adopte le système vicésimal celtique, la Suisse et la Belgique resteront fidèles au système numérique romain. Les additons et multiplications héritées des Gaulois ne s’enracinent pas au-delà de l’Hexagone. Lorsqu’un Français dit soixante-dix [60 + 10], quatre-vingts [4 x 20] ou quatre-vingt-dix [4 x 20 + 10], un Suisse dira tout simplement septante, huitante ou nonante en suivant la « logique » du système numérique romain. Le Belge, lui, utilisera bien septante et nonante mais pas huitante.

Cohabitation de deux systèmes

« L’anomalie » des chiffres français peut donc s’expliquer d’un point de vue diachronique; c’est-à-dire, à partir de l’évolution de la langue dans le temps. Il s’agit d’une influence celtique. Mais, laquelle? Bien sûr, nous faisons allusion ici à l’infuence de la langue gauloise, aujourd’hui disparue, qu’ont parlée ces Gaulois depuis longtemps disparus eux aussi.

Compter avec les doigts et les orteils

Pourquoi donc cette série d’additions et de multiplications? Parce que les Gaulois comptait avec leurs mains et leurs pieds. La série de dix correspond aux dix doigts alors que la série de vingt intervient lorsqu’ils utilisent aussi les orteils.

Ce système numérique est commun à certaines langues celtiques encore vivantes telles que les celtiques cornouaillais, irlandais et le breton, langue celtique encore parlée en Bretagne [française].

Les chiffres en France et en Suisse/Belgique

  France Belgique/Suisse
1 un  
2 deux  
3 trois  
4 quatre  
5 cinq  
6 six  
7 sept  
8 huit  
9 neuf  
10 dix  
20 vingt  
30 trente  
40 quarante  
50 cinquante  
60 soixante  
61 soixante-et-un  
62 soixante-deux  
63 soixante-trois  
64 soixante-quatre  
65 soixante-cinq  
66 soixante-six  
67 soixante-sept  
68 soixante-huit  
69 soixante-neuf  
70 soixante-dix septante
71 soixante-et-onze septante-et-un
72 soixante-deux septante-deux
73 soixante-treize septante-trois
74 soixante-quatorze septante-quatre
75 soixante-quinze septante-cinq
76 soixante-seize septante-six
77 soixante-dix-sept septante-sept
78 soixante-dix-huit septante-huit
79 soixante-dix-neuf septante-neuf
80 quatre-vingts huitante
81 quatre-vingt-un huitante-et-un
82 quatre-vingt-deux huitante-deux
83 quatre-vingt-trois huitante-trois
84 quatre-vingt-quatre huitante-quatre
85 quatre-vingt-cinq huitante-cinq
86 quatre-vingt-six huitante-six
87 quatre-vingt-sept huitante-sept
88 quatre-vingt-huit huitante-huit
89 quatre-vingt-neuf huitante-neuf
90 quatre-vingt-dix nonante
91 quatre-vingt-onze nonante-et-un
92 quatre-vingt-douze nonante-deux
93 quatre-vingt-treize nonante-trois
94 quatre-vingt-quatorze nonante-quatre
95 quatre-vingt-quinze nonante-cinq
96 quatre-vingt-seize nonante-six
97 quatre-vingt-dix-sept nonante-sept
98 quatre-vingt-dix-huit nonante-huit
99 quatre-vingt-dix-neuf nonante-neuf
100 cent