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Langue

Petite histoire de la langue française

par José HERNÁNDEZ

La Préhistoire

La France a été habitée par l’homme à partir des temps préhistoriques. Ses habitants originels s’appelaient les Gaulois. Leur langue, plutôt orale, n’a pas laissé beaucoup de mots à la langue française. Au total, on peut compter environ 70 mots dont les plus utilisés de nos jours sont alouette, balai, bec, bercer, bouc, changer, chêne, druide, sapin et valet, entre autres. Les Gaulois faisaient partie d’un ensemble culturel celtique qui dominait le nord du territoire alors que le sud était dominé par les Ibères au sud-ouest et les Grecs au sud-est.

L’Antiquité

À la fin de l’Antiquité, les Romains ont envahi le sud-est de la Gaule et ont apporté avec eux la langue latine. Il ne s’agissait pas du latin « classique » mais plutôt du latin « vulgaire » celui-là même qui était parlé par les soldats. La noblesse gauloise a commencé à envoyer ses enfants à l’école romaine et, au fil du temps, ces enfants ont adopté la langue latine. L’adoption de cette langue a entraîné une situation de bilinguisme gallo-romain.

Le Moyen-Âge

Mais les langues évoluent et, déjà au Moyen Âge, la langue romane parlée dans la France actuelle s’est émancipé de sa langue mère, le latin. Plusieurs faits historiques jalonnent le parcours de cette émancipation :

Ces faits ont mis en relief une évidence : la Gaule ne parlait plus ni gaulois ni latin mais plutôt une langue romane qu’on appelait langue d’oc au sud et langue d’oïl au nord. Oc et oïl signifient oui dans les langues gallo-romaines du nord et du sud.

En 842, les petits-fils de Charlemagne - Louis le Germanique et Charles le Chauve – ont prêté serment devant leurs armées en langue germanique et en langue romane respectivement. Au Xe siècle, l’historien Nithard a transcrit (transcrire) leurs serments dans un manuscrit latin. Ces serments constituent le premier texte écrit de la langue française.

En 1066, Guillaume le Conquérant (le Bâtard pour les Anglais) a conquis l’Angleterre et a amené avec lui sa langue française. Tel que les Gaulois avaient adopté le latin vulgaire, les Anglais se sont approprié la langue française qui est devenue la langue officielle de la noblesse. Encore aujourd’hui, le blason de la monarchie britannique lit Dieu et mon droit.

En cette fin de Moyen Âge, la situation linguistique de la France se caractérisait par le fait qu’elle était multilingue. Mais le francien, le dialecte de l’Île-de-France s’est imposé par sa littérature d’abord et, ensuite, par la voie politique.

La Renaissance

En 1539, le roi François Ier a signé l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui a institué la rédaction de tous les documents administratifs et judiciaires en français et non autrement. En 1549, Joachim du Bellay et ses confrères de la Pléiade ont lancé un manifeste intitulé La défense et illustration de la langue française. Ce manifeste préconisaitl’emploi du français, au même titre que le latin, dans tous les processus de création tant littéraire que scientifique. En puisant dans le stock lexical de l’italien, de l’espagnol et des autres dialectes français, les poètes de la Pléiade ont enrichi le francien qui était appelé à devenir la langue nationale de la France. Cette époque marque, pour le français, la période du plus grand enrichissement lexical.

Le Classicisme

En 1635, le Cardinal Richelieu a fondé l’Académie française. Il l’a chargée de créer une grammaire et de faire un dictionnaire. Ce dictionnaire n’a vu le jour qu’en 1694 ; c’est-à-dire, 59 ans plus tard !

Le Siècle des Lumières

Au XVIIIe siècle, l’Académie a décrété plusieurs réformes de l’orthographe. En 1798, elle a abandonné la vieille orthographe et a mis en place celle que nous utilisons aujourd’hui. À travers cette réforme, elle a supprimé les consonnes muettes (bled donnera blé) et a instauré le système d’accentuation.

La Révolution a donné aux langues régionales (ou patois) un statut légal puisque tous les décrets étaient traduits dans ces langues. Or, à partir du moment où les révolutionnaires ont établi une correspondance entre l’emploi des patois et le développement d’une idéologie contre-révolutionnaire, la favorisation de l’usage des ces langues a cessé. Cette période a marqué l’essor du français et le déclin des autres langues de France.

Le XIX siècle

L’école libre, gratuite et laïque de Jules Ferry deviendrait le moyen privilégié pour universaliser l’emploi de la langue française en France aux dépens des langues dites régionales. Il faudra donc attendre jusqu’à la fin du XXe siècle pour que les langues régionales soient revalorisées dans l’Hexagone*.

Le XX siècle

Depuis des siècles, le français avait joué le rôle de langue internationale de la diplomatie. En 1918, le Traité de Versailles a mis fin à la Grande Guerre d’un côté et, de l’autre, à la primauté du français. Pour la première fois en plusieurs siècles, un traité diplomatique sera bilingue (français-anglais). En le lisant, on peut avoir l’impression qu’il a été rédigé d’abord en anglais et, ensuite, traduit en français.

En 1951, avec la loi Deixonne, le gouvernement a autoriseé l’enseignement de certaines langues régionales (le breton, le basque, le catalan et l’occitan). Par contre, récemment, la France s’est distingué parmi ses voisins européens par le fait qu’elle a refusé de mettre en place les accords de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires qui prétendait assurer au citoyen des services bancaires, judiciaires, éducatifs et médiatiques dans sa langue maternelle.

Après la décolonisation des pays africains, ceux-ci se sont associés (s’associer) dans le cadre de la Organisation commune africaine et malgache (OCAM) pour resserrer leurs liens culturels et linguistiques. En fondant cette organisation, ils ont jeté les fondements de la Francophonie.